L’OVNI des bagarres au hockey et la bataille aux drones
Au menu: pourquoi les jeunes québécois sont moins bons au hockey, des histoires de drones, les nouveaux punks et les entrepreneurs du conflit.

Dernière édition de cette infolettre avant Noël, alors je vous souhaite un joyeux Noël!
Je vous suggère de profiter du temps des fêtes pour écouter Olivier Niquet en jaquette (et en rafale). Selon URBANIA, c’est comme du « ASMR informatif ».

Les batailles au hockey
Vous avez peut-être compris au fil du temps que mes ados jouaient au hockey. Je passe pas mal tous mes soirs à l’aréna et c’est un peu l’enfer. Lorsqu’il arrive qu’un soir d’hiver, aucun des deux n’a une pratique ou un match, c’est la fête à la maison. La fête dans le sens que j’en profite pour me coucher à 21h.
Je m’en plains un peu, mais au fond, j’aime ça. Le hockey est un refuge pour moi. Ça me détend, même si plusieurs trouvent ça violent, sur la glace comme hors de la glace. On entend beaucoup parler des dérapages, mais dans 98% des cas, on s’amuse. Je trouve important que mes gars fassent du sport. Le hockey amateur est un refuge pour moi, tout comme le hockey professionnel. Quand j’ai besoin de ne pas trop penser aux drames de la vie comme l’affaire Pelicot, la guerre en Ukraine ou les États-Unis (en général), je me rabats sur une radio sportive quelconque et je sais que je serai diverti. BPM Sports est certainement la radio que j’écoute le plus. Et j’en écoute beaucoup, de la radio.
Ça n’empêche pas qu’à de rares occasions, je suis un peu gossé par ce que j'entend. Ç’a été le cas la semaine dernière quand Renaud Lavoie a tenté d’expliquer pourquoi il y avait de moins en moins de bons joueurs québécois dans la LNH.
« Le niveau de jeu est trop faible, la qualité des joueurs est trop faible. Puis je sais que lorsqu'on a décidé d'éliminer les bagarres complètement, on a dit « les autres ligues vont suivre ». Non, il n'y a aucune autre ligue qui a suivi et il n'y en aura aucune qui va suivre. Pis là, le hockey au Québec est entre guillemets trop facile et ça fait en sorte que là on est dans un point de non-retour. »
Selon lui donc, les joueurs québécois seraient moins bons à cause de l’interdiction des bagarres dans la LHJMQ. Pour performer dans la grande ligue (où le nombre de bagarres est pourtant en déclin) il faudrait que nos joueurs soient exposés à plus de violence. En passant, les batailles ne sont pas interdites, elles existent encore, c’est juste qu’elles mènent automatiquement à une suspension, donc il n’y en a presque plus.
M. Lavoie nous dit que les autres ligues n’ont pas suivi l’exemple du Québec, mais c’est un peu prendre la situation à l’envers. Il ne reste en fait que deux ligues où les bagarres sont permises. La ligue de l’Ontario et la ligue de l’Ouest. Au dernier repêchage 76 joueurs ont été repêchés dans ces deux ligues sur les 225 choix. Ça veut dire que les ligues sans bagarres ont produit 149 joueurs suffisamment bons pour être repêchés. Il faudrait faire le calcul au prorata du bassin de joueurs pour avoir un meilleur portrait, mais il reste qu'on n'a pas besoin d'être dans une ligue où ça se bat pour être repêché.
D’ailleurs, dans un texte en marge du repêchage cet été, Guillaume Lefrançois abordait le sujet:
« Deux recruteurs qui épient le circuit Cecchini confirment d’ailleurs que les combats étaient un sujet bien marginal pendant les dizaines d’entrevues de leurs équipes. « J’appréhendais ça dans mes meetings, et personne n’en a parlé », a confié l’un d’eux, sous le couvert de l’anonymat parce qu’il n’est pas autorisé à parler. »
Les bagarres ne sont plus un enjeu, donc.
Le hockey est un sport robuste et je n’ai pas de problème avec ça, mais ça me fait capoter que des gens pensent encore que les bagarres ont rapport là-dedans. Si on partait de zéro et qu’on vous disait « on va inventer un sport d’équipe sur glace où il faut mettre une rondelle dans un filet, mais des fois, tout le monde arrête de jouer pour se tapocher dans face », je suis pas mal sûr qu’on trouverait ça absurde.
Je trouve que d’expliquer les problèmes du hockey québécois par l’abolition des bagarres est l’équivalent de se mettre la tête dans l’autruche, comme dirait Gérard Deltell. Le hockey au Québec ne va pas bien parce que ses structures et ses infrastructures sont déficientes. Des pays européens qui ont des bassins de joueurs moins grands que les nôtres forment des joueurs d’élite en misant sur des programmes plus efficaces. Ici, c’est le bordel et personne ne semble être capable de faire le ménage. Même pas Jocelyn Thibault. Eille, le gars a quand même été échangé contre Patrick Roy.
Autre chose qui m’a marqué dans la même discussion mettant en vedette Renaud Lavoie, c’est qu’il a mis la fin des bagarres sur le dos de la pandémie:
« Au Québec, il y a des gens qui se sont levés debout, qui ont applaudi suite à la pression politique de la CAQ d'éliminer les bagarres en échange d'un million de dollars à peu près par équipe pendant le COVID. C'est comme, on va vous sauver, mais vous changez vos règlements. On s'est mis à genoux, on a dit oui merci et aujourd'hui, qui paye le prix? »
Je n’ai pas de contact dans les coulisses de la LHJMQ, mais on dirait que j’ai des doutes là-dessus…
OVNIS
J’ai suivi de plus ou moins près l’histoire des drones du New Jersey. Je suis un grand fan de science-fiction, alors je rêve toujours que les extraterrestres débarquent chez nous pour nous sauver de notre destin funeste.
Pour ceux qui auraient manqué ça, plusieurs personnes auraient aperçu des objets volants au New Jersey dans les dernières semaines. L’armée américaine reste cryptique à ce sujet, mais assure que ces drones (parce que ce sont certainement des drones) ne sont pas menaçants. Un représentant républicain a supputé que c’était des drones-espions de l’Iran qui partaient d’un « vaisseau-mère ». Un autre ancien républicain a quant à lui noté un fait intéressant:
« Chacun de ces "drones" a une lumière verte à droite, une lumière rouge à gauche et un feu stroboscopique, comme l'exige la FAA (Administration fédérale de l'aviation) la nuit. Donc, soit les extraterrestres et les Iraniens se conforment aux lois de la FAA, soit il s'agit d'autre chose », a déclaré Adam Kinzinger, ancien membre de la Garde nationale aérienne et ancien représentant républicain de l'Illinois, dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux jeudi. »
Il a aussi dit dans une autre vidéo qu’il n’existait pas d’images claires desdits OVNIS parce que ceux qui avaient de bonnes caméras avec de bons zooms se rendaient compte assez vite qu’ils avaient affaire à des avions. Ce serait logique.
D’autres ont fait remarquer que si l’armée était inquiète, elle aurait simplement abattu ces drones. Dans tous les cas, il y aurait 8000 drones qui volent chaque jour aux États-Unis, c’est bien normal que des gens voient… beaucoup de drones. Et quand tout le monde parle du fait qu’il voit des drones, tout le monde qui voit un drone dit qu’il a vu un drone et les drones se multiplient comme le pain du petit Jésus.
404media nous dit que les gens sont en général assez mauvais pour identifier des objets dans le ciel et juger de leur grosseur et que l’on panique pour rien.
« Pendant des années, j’ai travaillé sur un documentaire Netflix sur les observations massives d’OVNI intitulé Encounters. Une chose qui est devenue évidente au fil de ce projet, c’est que les gens ne passent pas beaucoup de temps à regarder le ciel, sauf s’ils ont une raison de le faire. Les reportages sur les OVNIS ou les « drones mystérieux » incitent davantage de personnes à lever les yeux, ce qui entraîne plus de signalements et parfois une montée de panique. »
Bref, les drones sont dans la même situation que les wokes. Ça existe, mais ils sont inoffensifs et y’en a vraiment pas autant que le monde pense.
La droite punk
Je vous parlais il y a deux semaines de Rémi Villemure qui se disait punk, et bien ça semble être une tendance, un nouveau branding chez les influenceurs populistes, si je me fie à Jérôme Blanchet-Gravel.

C’est spécial parce que sur la photo, ce ne sont pas des punks que l’on voit, mais des milliardaires et leurs pantins.
Femmes et communisme
Un beau champion, le coanimateur de Jeff Fillion.

Entrepreneurs du conflit
Désolé de citer encore Joan Westenberg, mais j’ai trouvé intéressant le terme « conflict entrepreneur »:
« Considérez la mécanique : un entrepreneur du conflit repère (ou crée) un désaccord naissant entre deux parties. Il cite le tweet d'un camp avec une prise de position incendiaire. Ses abonnés s'en mêlent. L'autre camp réagit. Nous avons maintenant un véritable « discours ». Les indicateurs d'engagement de l'entrepreneur grimpent en flèche. Il lance une infolettre Substack pour « couvrir la controverse ». Il lance un Patreon pour « poursuivre cet important travail ». Il se positionne comme un courageux diseur de vérité qui parle au pouvoir. Le manuel du profiteur de traumatismes est parallèle : il partage une histoire personnelle de traumatisme ou d'oppression (qui peut être tout à fait réelle). Il se positionne comme étant particulièrement qualifié pour parler de sujets connexes en raison de cette expérience. Il commence à vendre des cours sur la « guérison ». Il commence à facturer des « consultations » sur la manière dont les organisations peuvent éviter de causer des traumatismes similaires. Il construit une marque autour de son statut de survivant.
Elle parle de « ratchet d'engagement » puisque « chaque interaction doit dégénérer, chaque réponse doit être plus incendiaire que la précédente, chaque histoire doit être plus choquante. » C’est ce que l’algorithme récompense.
Les pires moments de l’année
En attendant mon Bêtisier 2024, vous pouvez regarder les pires moments de l’année de Charles Beauchesne!

Musique
J’ai commencé à regardé la série Day of the Jackal (je recommande) et la trame sonore est pas mal bonne. J’y ai découvert entre autres cette reprise par Nilufer Yanya d’une pièce de PJ Harvey:
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